{"id":3673,"date":"2024-03-25T22:54:05","date_gmt":"2024-03-25T21:54:05","guid":{"rendered":"https:\/\/www.laurencenicola.com\/labo\/?p=3673"},"modified":"2024-03-29T15:55:53","modified_gmt":"2024-03-29T14:55:53","slug":"naitre-de-linfime","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.laurencenicola.com\/labo\/naitre-de-linfime\/","title":{"rendered":"Na\u00eetre de l&rsquo;infime, Henri Duhamel, 2023"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Communiqu\u00e9 de presse &#8211;&nbsp; <em>Na\u00eetre de l&rsquo;infime \u2013 <\/em>Centre d&rsquo;art&nbsp; l&rsquo;H du Si\u00e8ge, Valenciennes<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Accueillie \u00e0 <em>L&rsquo;H du Si\u00e8ge<\/em> en 2005 dans le cadre d&rsquo;une r\u00e9sidence <em>coup de pouce<\/em>, Laurence Nicola revient \u00e0 Valenciennes quasiment vingt ans apr\u00e8s pour son exposition Ricochet intitul\u00e9e <em>Na\u00eetre de l&rsquo;infime.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Dans sa vid\u00e9o-performance <em>Le bousier<\/em>, elle propose par son action en bord de mer une m\u00e9taphore de l&rsquo;artiste au travail. Elle emprunte le titre de son oeuvre au c\u00e9l\u00e8bre scarab\u00e9e coprophage. Celui-ci r\u00e9colte des d\u00e9chets organiques \u00e0 l&rsquo;aide de ses pattes arri\u00e8re et de ses mandibules pour fa\u00e7onner des pelotes grossissantes qu&rsquo;il fait rouler jusqu&rsquo;\u00e0 son habitat (en guise de nourriture et de mat\u00e9riaux de construction). Comme le col\u00e9opt\u00e8re, il s&rsquo;agit pour l&rsquo;artiste de collecter, d&rsquo;amasser les restes de la laisse de mer (bois flott\u00e9, algues, d\u00e9chets organiques et plastiques&#8230;) pour en faire une ressource et un tr\u00e9sor.<\/p>\n\n\n\n<p>R\u00e9sidant et travaillant \u00e0 Saint-Malo depuis une dizaine d&rsquo;ann\u00e9es, le littoral c\u00f4tier et ses transformations sont pour elle un terrain de jeu, d&rsquo;exploration et d&rsquo;\u00e9merveillement. Un r\u00e9servoir de possibles. Sa m\u00e9thode est \u00e0 la fois bas\u00e9e en ext\u00e9rieur \u2013 avec itin\u00e9rance et collecte de ce qu&rsquo;elle nomme des <em>ready-made<\/em> naturels \u2013 pour, de retour \u00e0 l&rsquo;atelier, venir ordonnancer le fruit de ce qu&rsquo;elle a glan\u00e9. \u00c0 l&rsquo;instar de <em>La Charogne<\/em> de Baudelaire, mais \u00e0 l&rsquo;\u00e8re de l&rsquo;anthropoc\u00e8ne, il est question de prendre en consid\u00e9ration et de sublimer le rebut et l&rsquo;alt\u00e9r\u00e9, ce qui peut d\u00e9gouter, ce qu&rsquo;on ne veut pas voir ou qui est invisible \u00e0 l&rsquo;oeil nu. En effet, au-del\u00e0 des d\u00e9chets directement visibles et de la pollution, nous sommes entour\u00e9s ou impr\u00e9gn\u00e9s en permanence de microplastiques, qu&rsquo;il s&rsquo;agit de l&rsquo;eau que nous ing\u00e9rons, de l&rsquo;air que nous respirons, de la terre que nous sillonnons.<br>Ces diff\u00e9rents \u00e9l\u00e9ments glan\u00e9s sont souvent pr\u00e9sent\u00e9s isol\u00e9ment, mis en valeur et magnifi\u00e9s. Empruntant aux dispositifs scientifiques et naturalistes, ces r\u00e9coltes sont tant\u00f4t organis\u00e9es sur le mode des planches d\u2019entomologistes, class\u00e9es dans des vitrines ou des bo\u00eetes, mis en lumi\u00e8re dans des dispositifs de visionnage et r\u00e9tro\u00e9clair\u00e9s (lentilles, tables lumineuses&#8230;)&nbsp;; ou alors de mani\u00e8re plus fantastique sur le mode de l&rsquo;assemblage (pr\u00e9sentoirs en bois tourn\u00e9, sous cloche ou sur miroir&#8230;), non sans rappeler le foisonnement des cabinets de curiosit\u00e9. Une des autres options est de r\u00e9parer ou panser ces fragments collect\u00e9s dans une perspective de soin et de r\u00e9silience. La plasticienne s&rsquo;inspire, entre autre du Kintsugi, technique ancestrale japonaise qui sublime les failles en soulignant les brisures avec de l&rsquo;or.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Faisant sienne la d\u00e9finition du r\u00f4le de l&rsquo;artiste du po\u00e8te Francis Ponge selon qui un artiste est un <em>\u00ab&nbsp;horloger&nbsp;\u00bb<\/em> qui doit <em>\u00ab&nbsp;ouvrir un atelier et y prendre en r\u00e9paration le monde&nbsp;\u00bb,<\/em> Laurence Nicola est aux antipodes de la figure d&rsquo;un cr\u00e9ateur d\u00e9miurge et omnipotent. L&rsquo;esp\u00e8ce humaine faisant partie de la Nature, l&rsquo;artiste se d\u00e9finit en <em>passeuse<\/em>, qui cr\u00e9e avec la Nature, son concours, en toute humilit\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, elle recr\u00e9e de mani\u00e8re anachronique de fausses c\u00e9ramiques bris\u00e9es \u00e0 partir de morceaux de plastiques semblables \u00e0 des tessons, inventorie de nouvelles pierres, r\u00e9v\u00e8lent des images fossiles sur des plaques min\u00e9rales de mica. Les plastiglom\u00e9rats, les pyroplastiques* deviennent pierres pr\u00e9cieuses aux c\u00f4t\u00e9s d&rsquo;algues et d&rsquo;os de s\u00e8che, des plaques de polystyr\u00e8ne parchemin\u00e9es deviennent coraux, des d\u00e9bris de toutes natures voisinent avec le b\u00e9ton cellulaire. Le tout engendre autant de g\u00e9ologies extraordinaires, de cartographies color\u00e9es, de g\u00e9ographies fabuleuses. Pour elle, il s&rsquo;agit de <em>\u00ab&nbsp;penser le d\u00e9chet comme une trace, un t\u00e9moignage&nbsp;\u00bb<\/em> lui permettant <em>\u00ab&nbsp;d&rsquo;imaginer une arch\u00e9ologie du futur&nbsp;\u00bb<\/em>. De l\u00e0 se g\u00e9n\u00e8rent et se d\u00e9ploient des paysages fantasmagoriques, des visions merveilleuses&nbsp;: <em>\u00ab&nbsp;un monde vivant et min\u00e9ral o\u00f9 le naturel et l&rsquo;artificiel coexistent&nbsp;\u00bb<\/em>. Sans confronter une Nature vierge et sanctuaris\u00e9e \u00e0 un monde obsolescent en plein effondrement, Laurence Nicola <em>fait avec<\/em> ce monde ab\u00eem\u00e9, m\u00eal\u00e9, complexe au sein duquel l&rsquo;opposition Nature et Culture ne fait plus sens. Famili\u00e8re de la pens\u00e9e de Bruno Latour et inspir\u00e9e par les r\u00e9cits de Donna Haraway, il s&rsquo;agit de <em>\u00ab&nbsp;vivre avec le trouble&nbsp;\u00bb**<\/em>, de prendre acte de ces bouleversements contemporains. Partir de l&rsquo;existant, pour c\u00e9l\u00e9brer cette impuret\u00e9 constitutive du vivant et de l&rsquo;environnement comme ressources de cr\u00e9ation.<\/p>\n\n\n\n<p>En se projetant dans les \u0153uvres de Laurence Nicola, il y a, selon ses dires une <em>\u00ab&nbsp;fascination \u00e0 s\u2019extraire du monde tel qu&rsquo;il est pour se r\u00e9fugier dans une image qui est belle&nbsp;\u00bb<\/em>, sans exclure une forme d&rsquo;inqui\u00e9tante \u00e9tranget\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Na\u00eetre de l&rsquo;infime<\/em>, c&rsquo;est partir de l&rsquo;infiniment petit, de l&rsquo;insignifiant, du fragment\u00e9, du d\u00e9t\u00e9rior\u00e9. C&rsquo;est le r\u00eaver, le fantasmer, le transformer. Perdre tout rep\u00e8re d&rsquo;\u00e9chelle entre le microscopique et le macroscopique. \u00ab<em>&nbsp;Voir un monde dans un grain de sable. Et un Ciel dans une Fleur sauvage. Tenir l&rsquo;Infini dans la paume de la main. Et l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 dans une heure.&nbsp;\u00bb<\/em> nous dit William Blake.<\/p>\n\n\n\n<p>Partir de l&rsquo;infime donc, qu&rsquo;il soit trivial ou insignifiant, et \u00e0 partir de l\u00e0, essaimer des mondes et des m\u00e9tamorphoses infinies.<\/p>\n\n\n\n<p>* Les plastiglom\u00e9rats sont des agglom\u00e9rats de d\u00e9bris de plastiques qui sous l\u2019effet de la chaleur (incendie, feux de camps&#8230;) coagulent avec des \u00e9l\u00e9ments naturels (bois, sable, coquillages, roches&#8230;). Les pyroplastiques ressemblent \u00e0 des roches mais&nbsp; proviennent exclusivement de d\u00e9riv\u00e9s plastiques industriels de type poly\u00e9thyl\u00e8ne, polypropyl\u00e8ne.<\/p>\n\n\n\n<p>** Titre de l&rsquo;ouvrage de Donna J. HARAWAY, <em>Vivre avec le trouble<\/em>, 2020, \u00e9ditions des mondes \u00e0 faire.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Communiqu\u00e9 de presse &#8211;&nbsp; Na\u00eetre de l&rsquo;infime \u2013 Centre d&rsquo;art&nbsp; l&rsquo;H du Si\u00e8ge, Valenciennes Accueillie \u00e0 L&rsquo;H du Si\u00e8ge en 2005 dans le cadre d&rsquo;une r\u00e9sidence coup de pouce, Laurence Nicola revient \u00e0 Valenciennes quasiment vingt ans apr\u00e8s pour son exposition Ricochet intitul\u00e9e Na\u00eetre de l&rsquo;infime. 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